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Les candidats sillonnent le pays. Le taux de récupération des cartes d’électeurs était de 62% vendredi (n’avons pu mettre la main sur une information plus récente), journée chômée pour faciliter le déplacement des électeurs, ainsi que lundi, 23 juillet. La MINUSMA est à pied d’œuvre pour appuyer le déploiement du matériel électoral. L’Union européenne a déjà une équipe d’observateurs déployés sur le terrain. Une autre équipe appuyée de l’USAID est également à pied d’œuvre. Une coalition de femmes s’est mobilisée pour faire connaître aux candidats leur position pour une meilleure égalité entre les hommes et les femmes. Les jeunes qui sont majoritaires et qui peinent à trouver un emploi ont fait de même. Espérons qu’ils seront écoutés.

Sur le plan des projets de société, des promesses électorales, la plupart des candidats prônent l’évident : sécurité, lutte contre la pauvreté, croissance économique plus inclusive, meilleure prise en compte des femmes et des jeunes, infrastructures. Peu de choses distinguent les candidats, mais signalons que plusieurs ont signalé l’importance de bâtir des cadres de concertation pour la réconciliation nationale, la révision de l’Accord de paix d’Alger et la nécessaire bonne gouvernance qui a fait tant défaut depuis la venue de la démocratie un certain 26 mars 1991. Un candidat a osé parler de la maitrise de la démographie, un autre de la laicité de l’État et de la dépolitisation de l’armée, des religieux et de l’administration. Alors quels seront les éléments qui permettront aux électeurs de départager les 24 candidats? Les individus et leur réputation, leur organisation électorale et l’argent.

Bien qu’il est impressionnant de se retrouver au 25 juillet avec bilan pas trop négatif, plusieurs inquiétudes de taille demeurent. D’abord le fichier électoral, qui a été audité par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et supervisé par des représentants des candidats ne serait pas celui qui a été mis en ligne le 4 juillet dernier. L’Opposition a démontré des divergences qui touchent plus d’un million d’électeurs. Le gouvernement maintient qu’il y a un seul fichier, celui audité. Manipulation du candidat qui brigue sa réélection? Il faut rappeler ici qu’aucun président n’a perdu sa réélection, soit Konaré en 1997 et ATT en 2007, mais dans les deux cas, les scrutins avait été déclarés frauduleux pour que les présidents sortants puissent être réélus dès le premier tour. Mouvement de panique au sein de l’opposition qui craint qu’IBK passe au premier tour et qui prépare une contestation des résultats qui conduira forcément à une période de grande instabilité? Il est impossible de se faire une idée pour l’instant, mais il est clair que cette question devrait être élucidée le plus rapidement possible, car elle est en train de pourrir le climat politique.

Selon la Coalition pour l’Observation Citoyenne des Élections au Mali (COCEM), le retrait des cartes d’électeurs présentent certaines irrégularités : retrait sans signature, sans pièce d’identité. L’Opposition quant à elle fait remarquer que les taux de retrait des cartes d’électeurs sont plus élevés dans les zones où il y a peu de services de l’État. La sécurité demeure également un enjeu. A titre d’exemple, le convoi d’un des candidats a été attaqué.

En conclusion, les prochains jours, jusqu’à la publication des résultats du premier tour de l’élection présidentielle seront cruciaux. Si le président sortant était réélu au premier tour, il faut malheureusement s’attendre à des troubles sociaux. La communauté internationale devrait être vigilante et ne pas hésiter à condamner toute fraude susceptible de faire modifier les résultats, si elle existe.

Louise Ouimet, 25 juillet 2018