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Le Mali connaît une descente aux enfers depuis 2012 et ni les élections présidentielles de 2013, ni l’Accord pour la paix et réconciliation issu du processus d’Alger signé en 2015, ni la présence de la MINUSMA et les forces anti-terroristes Barkhane et la plus récente le G5 du Sahel ne réussissent à faire reculer l’insécurité qui s’est au contraire étendue et complexifiée. Pour réussir dans leurs missions, ces différentes armées devraient pouvoir appuyer, ou s’appuyer sur un gouvernement malien fort avec une armée solide. Et que dire de la population malienne qui est appauvrie et fatiguée de plus de six ans d’insécurité et de plus de 25 ans de mauvaise gouvernance. Croit-elle que les élections présidentielles (premier tour le 29 juillet) et législatives en novembre feront la différence?

Les Maliens et les Maliennes sont déçus de cette démocratie et des régimes qui se sont succédés depuis 1992. D’ailleurs, ils n’y ont jamais cru véritablement. A peine plus de 20% des électeurs inscrits ont voté lors des premières élections pluralistes en 1992, un peu plus les élections suivantes et ils ont été plus de 45% à voter en 2013, ce qui était du jamais vu. La grande confiance accordée au Président IBK qui a été bien élu en 2013 fait place, près de cinq années plus tard, à une amère déception.

Existe-t-il une alternative crédible?Le portrait actuel de la politique malienne est plutôt désolant. Une forte opposition contre la réélection d’IBK (tout sauf IBK) est en rangs dispersés (30 candidats inscrits, 17 validés provisoirement le 30 juin 2018, la liste définitive doit sortir ce jour, le 4 juillet). Les candidats et leurs partis se sont peu prononcés sur leur vision pour un Mali nouveau, sur les solutions aux problèmes qui sévissent actuellement. Ils attendent peut-être le lancement de la campagne électorale prévu pour le 7 juillet. Un mouvement de jeunes de la société civile, Le Collectif pour la Défense de la République (CDR) mené par Ras Bath, qui a réussi a faire reculer le gouvernement sur le changement constitutionnel, a par contre transmis sa vision aux différents candidats et vient de se prononcer en faveur du candidat Soumaila Cisse de l’URD. Le CDR souhaite mobiliser les jeunes pour une plus grande participation au scrutin et se positionner pour faire élire des représentants à l’Assemblée nationale en novembre, même si ce mouvement n’est pas un parti politique.

Quelles sont les conditions d’une élection crédible et apaisée?

Le Président sortant ne devrait pas être élu dès le premier tour. Cela serait rapidement décrié comme une élection frauduleuse et il y a de fortes chances qu’une telle élection soit contestée dans la rue. Cela serait catastrophique pour le peu de stabilité qui reste encore au Mali. Un récent sondage publié le 2 juillet 2018[1]démontrer que 20% des maliens sont indécis et qu’il y a trois candidats poids lourds : le président sortant, Soumaila Cisse et Check Modibo Diarra qui vient de recevoir l’appui de deux politiciens avérés. Le scénario d’une élection à deux tours semble des plus probables selon ce sondage. Voici donc une perspective favorable.

Une seconde condition est l’organisation logistique et sécuritaire, les deux étant étroitement reliées. Depuis l’arrivée du Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, la préparation de l’élection présidentielle s’est accélérée. Mais la récente grève des administrateurs civils (préfets et sous-préfets) représente une inquiétude importante, de même que la capacité de l’État d’organiser les élections partout au pays, alors le Centre du pays vit une insécurité, des conflits inter-ethniques jamais vus et une absence de représentations de l’Administration. Le Nord, s’est quelque peu amélioré, mais au vu de l’accélération récente des attaques terroristes, semble être tout aussi problématique. Le gouvernement malien a prévu de déployer l’armée, et d’obtenir l’appui de la MINUSMA, mais la sécurisation et l’organisation des élections représente un gros point d’interrogation.  Aujourd’hui, plusieurs se questionnent sur la possibilité matérielle que le scrutin puisse avoir lieu le 29 juillet, mais en ce 4 juillet, on annonce un cessez des hostilités entre peulhs et dogons et la fin de la grève des administrateurs civils, donc une évolution positive.

La troisième condition est d’obtenir un taux élevé de participation au scrutin, évidemment tributaire de la sécurité, mais également du niveau de rupture de confiance entre le population et les politiciens. A ce titre, le même sondage démontre heureusement un grand intérêt des personnes sondées pour aller voter.

Quelle est la place et le rôle des femmes? Pour le moment, il est difficile de le percevoir. Sur le plan de leur participation en tant que candidates, il faudra attendre les législatives et voir dans quelle mesure les différents partis politiques leur accorderont une place stratégique sur leurs listes électorales. Respecteront-ils la loi 2015-052 exigeant un minimum de 30% à un genre? Au niveau des politiques mises de l’avant, il serait surprenant qu’un seul parti ne déclare que la femme soit considérée à part entière comme l’égale de l’homme et que des stratégies soient proposées pour s’attaquer aux différentes sources d’inéquités pour que les femmes puissent un jour atteindre cette égalité à laquelle elles aspirent.

Quel est le rôle des religieux?Ils exercent une plus grande influence sur le politique et les candidats cherchent à obtenir leur appui. Il est certain que leurs consignes pourront favoriser un candidat au détriment de l’autre. Mais ils ne choisiront pas tous le même candidat, alors leur influence pourra possiblement être neutralisée.

Qu’est-ce que ces élections veulent dire pour le Canada?Le Mali a un impact important sur toute la sous-région, l’Europe par les flux migratoires clandestins et le Canada qui a investit des sommes colossales dans ce pays et qui est en train d’y envoyer des soldats pour appuyer la MINUSMA.  La stabilité du Mali et la mise en place d’un gouvernement qui travaille pour les Maliens et Maliennes est essentiel à la réussite de tout appui canadien à ce pays.

Louise Ouimet  – 4 juillet 2018

[1]Guindo Sidiki, journal Malizine.com